Vendredi 14 août 2026
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À la une270 dollars la tonne : le vrai prix de l'enclavement centrafricain

Le Scanner du Business5 août 2026Lecture : 4 min

Danzi : entre les mégawatts annoncés et le courant réellement livré

Photo : radiondekeluka.org

Sans électricité, pas de scierie, pas d'unité de séchage, pas de chaîne du froid, pas de soudure. La question énergétique n'est pas un sujet parmi d'autres pour l'entrepreneuriat centrafricain : c'est le préalable.

Le 17 novembre 2023, la République centrafricaine inaugurait à Danzi, à une vingtaine de kilomètres de Bangui, un parc solaire annoncé à 25 mégawatts avec stockage par batteries : 42 000 panneaux sur environ 70 hectares, un financement de la Banque mondiale d'environ 19 milliards de FCFA, une réalisation confiée à une entreprise chinoise. L'objectif affiché : alimenter 250 000 habitants de la capitale et porter la capacité installée du pays de 75 à 100 MW, contre 37 MW en 2016 selon le chef de l'État.

Le contexte de départ donne la mesure du chantier. Au moment de l'inauguration, le taux d'électrification était estimé à 35 % à Bangui, 8 % dans les principales villes de province et seulement 2 % dans les communes rurales. Autrement dit : dans la majeure partie du pays, monter une activité qui consomme de l'énergie relève encore du groupe électrogène et du gasoil.

Où en est-on aujourd'hui ? Les chiffres publics ne concordent pas totalement, et c'est en soi une information. Dans un reportage diffusé fin 2025, le chef d'usine de Danzi, Romuald Arnaud Bandeu Lekegba, indiquait que la demande de la seule ville de Bangui est estimée à environ 200 MW pour une capacité installée nationale d'environ 73 MW - soit un déficit d'au moins 130 MW, sans compter les villes de province. Le même reportage créditait Danzi de couvrir environ 30 % des besoins de Bangui et de desservir plus de 40 000 foyers. En juin 2026, en revanche, le RJDH rapportait que la capacité actuelle de la centrale « plafonne à 15 MW ». Vingt-cinq mégawatts annoncés, quinze mégawatts évoqués : l'écart mérite une explication officielle, que ce média sollicitera auprès de l'ENERCA et du ministère de l'Énergie.

C'est précisément à ce point de fragilité que s'adresse le nouvel engagement des bailleurs. Le 4 juin 2026 à Bangui, à l'issue d'une rencontre entre le Premier ministre Félix Moloua et une délégation conduite par le directeur régional de la Banque mondiale pour l'Afrique centrale, Franz Drees-Gross, l'institution a annoncé un don de 90 millions de dollars, soit environ 53 milliards de FCFA. Le volet énergie prévoit le renforcement de la centrale de Danzi, la construction d'une nouvelle ligne de transport vers Bangui et l'acquisition de compteurs destinés notamment aux ménages à faibles revenus. Le volet routier concerne le corridor vers le Cameroun et le bitumage de l'axe Bossembélé-Bossangoa.

Pour l'économie réelle, la traduction est directe. Une ligne de transport supplémentaire, c'est la possibilité de raccorder des zones d'activité. Des compteurs accessibles, c'est la sortie du branchement informel et une facturation prévisible pour un atelier. Une production plus stable, c'est moins de recours aux groupes électrogènes, dont le coût au kilowattheure écrase les marges des petites unités de transformation. À l'inverse, tant que le délestage reste la norme, l'agro-transformation locale - farines, huiles, séchage, froid - restera artisanale.

Le potentiel, lui, n'est pas en cause. La Centrafrique dispose d'un potentiel hydroélectrique évalué à environ 2 000 mégawatts, très largement inexploité, et d'un ensoleillement qui rend le solaire compétitif. Le pays a d'ailleurs inscrit l'énergie parmi les priorités de son Plan national de développement 2024-2028, dont les besoins de financement sont chiffrés à 12,8 milliards de dollars. La contrainte n'est donc ni la ressource ni la technologie : c'est l'exécution, la maintenance et la gouvernance de l'opérateur.

C'est pourquoi Bangui Inside suivra Danzi comme un dossier, et non comme une inauguration. Trois questions guideront ce suivi : quelle est la production réellement injectée chaque mois sur le réseau ? Quel est le calendrier d'exécution du don de 90 millions de dollars ? Et combien de nouveaux abonnés professionnels ont été raccordés ? Sur l'énergie plus qu'ailleurs, la crédibilité se mesure en kilowattheures livrés, pas en rubans coupés.

À retenir. Danzi, inaugurée le 17 novembre 2023, a été annoncée à 25 MW avec stockage, pour environ 19 milliards de FCFA financés par la Banque mondiale. La demande de Bangui est estimée à environ 200 MW pour une capacité installée nationale d'environ 73 MW. Les sources publiques divergent sur la production effective de Danzi (25 MW annoncés, 15 MW évoqués en 2026) : un point à clarifier. Le 4 juin 2026, la Banque mondiale a annoncé 90 millions de dollars pour renforcer Danzi, construire une ligne de transport vers Bangui et déployer des compteurs abordables. Potentiel hydroélectrique du pays : environ 2 000 MW.

Sources : Banque Mondiale/ RJDH/ Financial Afrik/ Africa24 TV