Le Scanner du Business12 juillet 2026Lecture : 2 min
45 milliards de dollars par an : l'industrie que tout le monde prend pour un loisir

Musique, cinéma, mode, arts : les industries culturelles et créatives génèrent en moyenne 45,3 milliards de dollars par an en Afrique. Pendant ce temps, la Centrafrique regarde son propre gisement sans l'exploiter. Le Scanner ouvre le dossier.
On les regarde comme du divertissement. Ce sont des industries. Selon une étude publiée par l'Agence française de développement en février 2025, les industries culturelles et créatives (ICC) génèrent en moyenne 45,3 milliards de dollars de revenus chaque année en Afrique. Musique, cinéma, mode, arts visuels, littérature, gastronomie, jeu vidéo, sport.
La dynamique est spectaculaire, et vérifiable. Des morceaux d'afrobeats nigérian ou d'amapiano sud-africain, nés dans des studios domestiques, s'imposent dans les playlists mondiales. En 2023, quinze films africains étaient projetés au Festival de Cannes, un record. Au Nigeria, le nombre d'écrans de cinéma a bondi de plus de 80 % entre 2018 et 2024, à rebours des tendances mondiales.
Les institutions ont fini par sortir la calculatrice. Au sommet CANEX, en marge de la Foire commerciale intra-africaine 2025 à Alger, le secrétaire général de la ZLECAf a évalué l'industrie créative à plus de 50 milliards de dollars et des millions d'emplois, en la présentant comme l'un des moteurs possibles de la révolution industrielle du continent. La même foire visait plus de 44 milliards de dollars d'accords commerciaux.
Derrière les chiffres, un enjeu de souveraineté que le Scanner assume de nommer : la consommation passive de produits culturels importés. Le renversement, c'est faire de l'Afrique un créateur de valeur. Avec un nerf de la guerre : les droits d'auteur et la juste rémunération des artistes. Pendant des années, beaucoup de musiciens africains ont enregistré en Europe, faute de systèmes fiables chez eux.
Et la Centrafrique ? Musique, danse, conte, artisanat d'art, mode inspirée des tissus et motifs locaux, gastronomie : la matière est là, sous-exploitée. Ce qui manque : des filières structurées, des lieux, des financements, et des récits. Derrière chaque production culturelle gravite tout un écosystème de métiers, bien au-delà du seul artiste : son, lumière, image, distribution, billetterie, communication.
Un média qui raconte l'Afrique par les siens est lui-même un acteur de cette économie. Nous assumons : mettre en lumière les talents culturels du pays, c'est aussi construire la filière.
À retenir. Les industries culturelles et créatives génèrent environ 45,3 milliards de dollars par an en Afrique (AFD, février 2025), plus de 50 milliards selon la ZLECAf. Un gisement d'emplois encore très informel. Enjeux : structurer les filières, rémunérer les artistes, se réapproprier le récit.
Sources : AFD / Agence Ecofin (février 2025) ; Afreximbank / ZLECAf (CANEX, IATF 2025) ; forum Made with Africa (novembre 2025).
Citez un artiste centrafricain qui vit correctement de son art sans quitter le pays. Vous séchez ? C'est exactement le problème.
