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Les Coulisses2 août 2026Lecture : 4 min

Filière bois et échéance CEMAC

Photo : alibreville.com

Le bois est la première source de devises de la Centrafrique. Dans moins de deux ans, il ne pourra plus quitter la sous-région à l'état brut. Le pays a donc un choix simple : transformer, ou perdre son premier marché.

Par la décision n°06 de février 2024, adoptée en Conseil des ministres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, les États membres - Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine - se sont accordés pour mettre fin à l'exportation de bois non transformé hors de la CEMAC et de la RDC. L'échéance retenue est le 1er janvier 2028. Une précision utile pour les opérateurs : selon les documents, on trouve mention de 2027 ou de 2028, l'application ayant été reportée à plusieurs reprises ; c'est un point à vérifier auprès du ministère des Eaux et Forêts avant tout investissement. L'enjeu est considérable pour la RCA. La filière forêt-bois représente une part majeure des recettes d'exportation du pays - de l'ordre de 40 % selon le portail Timber Trade, jusqu'à 48 % selon des travaux du CIRAD - et le secteur forestier y est le premier employeur privé. Autrement dit, ce que la CEMAC décide sur les grumes touche directement les caisses de l'État et des dizaines de milliers de ménages.

Sur le papier, la Centrafrique n'est pas mal placée. La législation nationale oblige déjà les concessionnaires à transformer localement 70 % des grumes exploitées pour les essences de première catégorie. Et le pays affiche un taux d'aménagement de ses concessions supérieur à la moyenne du Bassin du Congo : environ 82 % des concessions attribuées sont aménagées et inventoriées, contre 55 % en moyenne dans les autres pays de la sous-région. Mais la production reste très concentrée : quatre entreprises ou groupes réalisent plus de 80 % de la production grumière.

Le contexte de marché, lui, joue plutôt en faveur d'une transition rapide. Selon l'indice composite des cours des produits de base publié par la BEAC, les cours des produits forestiers exportés par la CEMAC ont progressé de 2,9 % entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, tirés surtout par les grumes (+23,5 % en glissement trimestriel, contre +12,2 % pour les sciages). Une embellie sur le brut peut décourager l'investissement dans la transformation. C'est précisément pour cette raison que la date butoir compte : sans contrainte, la tentation d'exporter la matière première reste la plus forte.

Le débat est désormais public. À Bangui, le Centre d'information environnementale et de développement durable (CIEDD) a organisé le 22 octobre 2025 une table ronde consacrée à la vulgarisation de la décision communautaire, réunissant acteurs de la filière, autorités locales et médias - une première dans le pays depuis la promulgation du texte. À l'échelle régionale, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique a convoqué les 29 et 30 juillet 2026 à Yaoundé une réunion de cadrage sur l'industrialisation de la chaîne de valeur du bois, associant États, communautés économiques régionales, institutions financières, secteur privé et zones économiques spéciales.

Reste le point aveugle, souligné par les observateurs du Bassin du Congo : la transformation industrielle demeure largement cantonnée à la première transformation, c'est-à-dire au sciage et au déroulage. Or c'est la deuxième transformation - menuiserie, mobilier, parquets, charpente, composants - qui crée le plus d'emplois qualifiés et capte le plus de valeur. Pour un jeune entrepreneur centrafricain, c'est là que se trouve l'opportunité : non pas concurrencer les grandes concessions, mais s'installer en aval, sur le séchage, l'affûtage, le mobilier, la finition, la formation de scieurs et de menuisiers.

Deux conditions décideront de tout, et elles ne relèvent pas du bois : l'électricité - on ne fait pas tourner une scierie ni un séchoir sans courant fiable - et la traçabilité, désormais exigée par le règlement européen sur la déforestation. La RCA dispose d'un accord de partenariat volontaire FLEGT avec l'Union européenne, qui lui donne une avance sur la gouvernance forestière. Encore faut-il la faire valoir. L'échéance de 2028 n'est pas une punition : c'est un calendrier. Il reste à s'en servir.

À retenir. La décision CEMAC n°06 de février 2024 prévoit la fin des exportations de grumes hors CEMAC et RDC (échéance annoncée au 1er janvier 2028, à confirmer auprès des autorités). Le bois représente environ 40 % des recettes d'exportation centrafricaines et le secteur forestier est le premier employeur privé du pays. La loi impose déjà 70 % de transformation locale pour les essences de première catégorie, et 82 % des concessions attribuées sont aménagées. Le vrai gisement d'emplois est dans la deuxième transformation - mobilier, menuiserie, finition - à condition de résoudre l'électricité et la traçabilité.

Sources : Agence Ecofin/ COMIFAC/ Africa Presse/ FAO